Evolution dune occupation seigneuriale à SaintChristophe C. Vacher - Inrap GSO

 

Evolution d'une occupation seigneuriale à Saint-Christophe

 

C. Vacher - Inrap GSO

Article publié dans « L’ÉCHO DE SAINT-CHRISTOPHE JUILLET 2011 – N°100 » Page 7 & 8

 

Le site fouillé du 6 avril au 8 juillet 2011 a été découvert en 2010 à l’occasion d’un diagnostic archéologique réalisé sous la forme de tranchées continues de 2 m de large. Ce diagnostic avait pour origine la construction d’un lotissement sur des parcelles appelées « Le Champ de la Motte » localisées à moins de 200 m des vestiges d’un château médiéval.

Le cadastre ancien, dressé en 1826, permet de comprendre l’appellation des lieux puisqu’il montre une parcelle circulaire correspondant effectivement aux traces laissées dans le parcellaire par une motte castrale.

Un château en dur, détruit à la Révolution, était quant à lui localisé de l’autre côté de la route de la Mazurie. Il n’en reste aujourd’hui que quelques fragments du mur d’enceinte de la basse-cour et éventuellement les parties basses de 2 tours.

Il paraît logique de voir dans la juxtaposition de ces deux entités, motte et château, une évolution topo chronologique à partir du 10e siècle, de l’installation du pouvoir seigneurial local.

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Relevé d’une structure en cours de fouilles C. Vacher, Inrap -

La fouille concerne donc un secteur d’occupation médiévale, décapé mécaniquement sur 1.2 hectare, cerné par deux symboles du pouvoir, la motte à l’est et le château à l’ouest.

Au nord, la route et le moulin à eau de la Mazurie semblent en fixer les limites. A l’ouest et au sud, les travaux archéologiques ont permis de cerner les limites de l’occupation. Par contre à l’est, toutes les parcelles localisées au-delà de la limite de l’emprise de la fouille, et ce jusqu’au bois, sont concernées par cette occupation et notamment la motte proprement dite qui, même si elle est aujourd’hui fortement arasée, reste marquée dans le paysage.

Le décapage a montré deux grandes phases d’occupation du secteur. La première, datée des 11e-12e siècles, est directement liée à la motte castrale puisqu’il s’agit d’une partie de sa basse-cour, c’est-à-dire les habitats et activités que se développent immédiatement à proximité de l’habitat du seigneur. Un système complexe de fossés successifs ceint un espace qui paraît entourer la motte. A l’intérieur de cet espace, de très nombreux creusements témoignent d’une intense occupation des lieux sous la forme d’activités artisanales, mais aussi agricoles et domestiques.

Plusieurs dizaines de silos, vastes creusements en forme de cloche, ont été mis au jour. Ils servaient à stocker les récoltes de grains.

Un four semi-enterré d’un mètre de diamètre avait une aire de travail ouverte vers le nord, à l’abri des vents dominants.

Les traces de très nombreuses fosses et trous de poteau permettront, lors de l’étude, de repérer d’éventuels plans de bâtiments construits en matériau léger, tel que le bois et le torchis, et de comprendre l’organisation générale de l’occupation.

Au droit de la motte vers l’ouest, un bâtiment construit en dur pourrait avoir abrité une forge. Il a livré en effet,outre un culot de forge, de nombreuses battitures[1]* dans certaines structures.(battiture voir note bas de page)

Enfin, un puisard de plus de 3,50m de profondeur a livré quant à lui les restes osseux de nombreux animaux domestiques ainsi que de la céramique et des objets métalliques.

A une date qui n’est pas connue par les textes mais qui pourrait se situer aux environ du 13e siècle, le seigneur de Saint-Christophe se déplace et fait construire un château en pierre.

Progressivement, l’occupation qui cernait la motte se rétracte et se cantonne à l’angle nord-ouest de la parcelle fouillée, le long de la route de la Mazurie.

Elle prend alors une forme très différente et se développe autour de vastes bâtiments construits en pierre, lesquels sont intégralement cernés ou presque par un large fossé d’enceinte.

Deux bâtiments principaux forment un L ouvert vers le nord-ouest, D’autres pièces plus petites, l‘une vers le nord-est, l’autre vers le sud-ouest se greffent à cet ensemble. Le tout abrite une « cour » densément occupée par des fosses, dont certaines ont eu une fonction de foyer, et par un puits. Un dernier bâtiment en dur séparé de l’ensemble principal pourrait être un entrepôt de 5m sur 6 environ, il a livré un important dépôt de tuiles posées de chant contre le mur ouest.

A ce stade de l’étude, le site se révèle d’un intérêt scientifique majeur puisqu’il permettra de comprendre, au moins pour partie, l’évolution d’une implantation seigneuriale et de sa basse-cour durant une vaste période qui court du 11e au 16e siècle. En effet, le matériel archéologique mis au jour montre que l’occupation du champ de la motte périclite au 15e ou au 16e siècle jusqu’à disparaitre complètement.Ce matériel est constitué principalement de tessons de céramiques dont l’étude permet de dater les différentes phases d’occupation du site. Un important lot de mobilier métallique a été mis au jour. Il comprend des objets liés à la vie domestiques (lames, clous, crochets, clefs, serrure..) aux activités agricoles (serpe, faucille, soc d’araire…) et artisanales (culot de forge) mais aussi à la parure (bague et boucle de ceinture), à l’armement (pointe de flèche) et à la maréchalerie (fer d’équidés, clous de fer à cheval, mors, étrier…). Cet ensemble, d’une richesse exceptionnelle, permet de mieux cerner le statut social et économique des habitants du site et confirme leur appartenance à l’aristocratie locale.

 

Motte féodale de Saint Christophe -Charente Maritime

Vue de la zone est du site.Photo prise depuis une nacelle.

Au premier plan, les fosses et fossés après le décapage, au second plan, la motte se devine dans les cultures.

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S. Vacher, Inrap

A l’issue de la fouille, le terrain sera rendu à l’aménageur qui sera autorisé à construire le lotissement. Les vestiges archéologiques auront tous été fouillés, enregistrés, topographiés, photographiés.L’ensemble des informations scientifiques acquises sera étudié et fera l’objet d’un rapport final qui décrira et synthétisera l’histoire de ce site, son évolution à travers le temps, les activités qui y étaient exercées, le mobilier utilisé par les occupants du 11e au 16e siècle. Le tout sera replacé dans le contexte historique et archéologique local mais aussi régional voire national.

Evolution d’une occupation seigneuriale à Saint-Christophe C. Vacher - Inrap GSO

Article publié dans « L’ÉCHO DE SAINT-CHRISTOPHE JUILLET 2011 – N°100 » Page 7 & 8

 

[1] battiture : débris de fer, déchet des opérations de forgeage

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